• 11 - Jeudi

      Bizarre quand même cette présence que je ressens chez moi, surtout la nuit. J'ai de plus en plus l'impression de revivre un mauvais remake du Horla de Maupassant. Ca fait un peu le même effet : parfois mon image dans le miroir se brouille. J’ai l’impression d’être moi-même un mirage. Ou plutôt… On dirait que quelque chose d'impalpable et d'étranger se place devant moi pour se montrer, en me dissimulant. Puis cet esprit, cette âme ou je ne sais quoi disparaît lentement, dans une sorte de brume. Et mon image redevient complètement nette.

      Je n'ai osé en parler à personne, de peur de passer pour un fou. Convoquer un exorciste ou une voyante, non merci. Je suis un peu perturbé, en ce moment, OK, mais pas crédule au point d'inviter ouvertement des charlatans à entrer chez moi et me dépouiller joyeusement de mon salaire ! L'Etat s'en charge suffisamment bien...

      Le pire, c’est qu'hormis cette manifestation nocturne flippante, d'autres phénomènes paranormaux semblent me poursuivre... Un inconnu a fait livrer des fleurs à Mélina, hier au boulot, surement attiré par le parfum irrésistible de son déodorant, comme dans les pubs bien léchées de la télé. Faut dire qu’elle en met des tonnes. Bref, c’était un gros bouquet composé qu'elle s'est empressée de montrer à tout le monde avant de le laisser occuper une place dominante sur son bureau. Pas moyen de lui extorquer le nom de son admirateur secret, mais par contre, elle arrêtait tout le monde pour que l'on profite du parfum envoûtant que les fleurs pouvaient dégager.

      Je n'ai pas pu déroger à la règle. Il fallait que bien j'aille aux chiottes, et le bureau de Mélina est sur le trajet des toilettes... Elle m'a donc arrêté, comme la moitié des autres employés, pour me faire profiter de son cadeau matinal.

      Les fleurs étaient fraîches. J'ai ce réflexe un peu idiot de toujours toucher les plantes, comme pour m'assurer si elles sont vraies. Je reconnais qu'elles sentaient très bon en effet. Après, je ne me suis pas non plus éternisé, d'abord parce que j'avais vraiment envie de pisser, et ensuite parce que mes retards accumulés avaient aussi fait grossir la pile de dossiers sur le mien, de bureau.

      C'est pendant que je me lavais les mains que j'ai entendu ces voix chuchotantes. Puis Mélina a crié.

    11 - Jeudi

     Une masse de personnes s'était amassée tout autour d'elle et de son bouquet.

      Les fleurs étaient aussi sèches que celles d'un pot pourri dans une coupelle. Sèches et cassantes comme si elles avaient trainé des semaines sans soin, suspendues à la poutre d'un plafond.

    Moi ? Ou cette chose qui me poursuit ?

    Hanté, je suis hanté.

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