• 19

    Je sursaute en voyant Cassandre foncer vers moi. Elle me serre fort contre elle. Elle a l’air encore plus à la rue que moi ce matin. Je me trompe peut-être, mais elle est encore en train de s’enfuir.
    « Je vais rentrer, il commence à se faire tard. Si tu as besoin je suis là. Appelle-moi. N’hésite pas.
    - Merci. Je n’hésiterai pas. Cassie ? »
        En parlant d’hésiter… Bon sang, comment demander à sa meilleure amie ce qui s’est passé dans la cave avec son meilleur ami. On se croirait dans un vaudeville.
    « C’était quoi l’embrouille dans la cave ? Avec Coriolan ?
    - Ah ? Tu as entendu ? Ce... C’est compliqué... »
        Si ça ce n’est pas une tentative désespérée pour s’échapper… T’inquiète Cassie. Je ne t’embête plus. Si tu veux en parler, tu sais que je suis là, sinon…
    «  Tu es venue comment ? » je demande, me doutant que la réponse serait un peu rocambolesque..
    - Azra, c’est moi. A pied, voyons ! J’ai raté le bus, je me suis fait chouraver mon taxi par Lucia, et il y avait grève des métros. A pied, Azra. »
        J’en étais sûr. Un de ces quatre il va lui arriver un truc pas net.
    « Cassie, il est tard ! » je proteste. «  Il n’y a plus de bus. Je t’appelle un taxi. Ce n’est pas raisonnable.
    - Non, laisse. Je ne me sens pas très bien, un peu d’air frais me fera du bien. »
    Elle me plante là, avec mon portable, inutile. Je souviens subitement qu’elle n’était pas là quand Calvin a fait son annonce très discrète…
    « Cici ! Cici ! J’ai appris que je suis papa ! Morgane avait eu une fille... »

    19

        Cela la coupe dans son élan et elle revient se jeter dans mes bras, partagée entre sa joie pour moi, et son chagrin qui la pousse à fuir.
    - Je t'appelle demain... Promis... Je viens te voir... Je viens vous voir...
    - Nour, elle s'appelle Nour...
    - Je viens vous voir, Nour et toi… »
        Elle m’embrasse sur la joue avant de disparaître.

    19


         Quand je me retourne, j’avise Coriolan en train de draguer Vicky sans aucun scrupule. En plus elle a pas l’air bien Vicky… Je sens que la moutarde me monte au nez. Il va m’entendre ce dragueur du dimanche !
        Je l’attrape par l’épaule et le pousse dans le petit bureau annexe.
    « Quelle mouche t’a piquée ? » il peste. Il peut pester tant qu’il veut.
    « Il faut qu’on parle sérieusement, Coriolan.
    - Et ça ne pouvait pas attendre deux minutes ? La rouquine-là – mince, comment s'appelle-t-elle déjà? Vicky ? Oui, c'est ça, Vicky – était sur le point de me donner son numéro de téléphone... »
        Il le fait exprès ou quoi ?
    « Cassandre vient de partir... » je lance sèchement. Oh, je rêve ou il a tiqué…
    - Et alors ? »
        C’est ça, joue l’indifférent, j’y crois trop ! Tout le film des heures précédentes repasse devant mes yeux. Ce que j’avais vu sans le comprendre me saute enfin aux yeux. Et ça dure peut-être depuis plus longtemps que ce que je crois…
    - Et alors... Vous allez encore jouer longtemps au jeu du chat et de la souris ?
    - Plaît-il ? »
        Gagné ! Vu sa tête, j’ai raison. Ce mélange de hauteur et de suffisance qu’il utilise pour remettre les fâcheux à leur place est tellement savoureux pour un regard initié. Qu’est-ce qu’il est fort pour se rendre odieux quand même ! Mais ça ne m’empêche pas de lui dire la vérité, à savoir que mes deux crétins de meilleurs amis sont amoureux l’un de l’autre.
        Tiens donc ! Rends ton regard impénétrable et mystérieux, sors ton paquet de cigarettes ! Comme si ça pouvait encore marcher avec moi !

    19


         Je le regarde me tourner le dos. J’en étais sûr mais ça m’attriste un peu. Même devant moi, il ne veut pas baisser sa garde. Il se laisse pourtant aller contre la fenêtre. Il fume silencieusement mais c’est hors de question que je le laisse retrouver son calme. Car il ne sait pas encore que Cassie, c’est la Cici de la fac qui l’avait comparé au cactus de la chanson de Dutronc. C’est actuellement qu’on dirait un cactus. Et avec de sacrées épines en plus ! Il essaye toute sa panoplie de regard de la mort qui tue pour me faire taire. Ouh j’ai peur !
        Je lui lance une sale vanne pour essayer de le brusquer. Puis une petite couche de sentimentalisme… Avant d’asséner ma dernière phrase.
    « Crois-moi, Corio, tu vaux mille fois mieux que l'image de séducteur cynique que tu t'es entêté à donner de toi, continua-t-il sur un ton plus sérieux. Seulement, tu ne le sais pas encore. Laisse juste une chance à Cassie de te faire découvrir l'homme que tu es vraiment. »
        Evidemment, il retourne la situation à son avantage juste avant de partir. Ne jamais laisser le dernier mot à l’autre… Je vois son éternel sourire sardonique fleurir sur ses lèvres. Allez vas-y ! Fais-toi plaisir maintenant ! Lance-la ta vanne !
    Ça ne rate pas.
    - Rhaaaaaaaaaaa... Qu'il est con, mon Dieu, qu'il est con ! » je râle en levant vers le plafond un regard consterné.

    « Au lieu de me débiter tes âneries, tu ferais mieux d'essayer de la rattraper, va ! »
    Pourvu qu’il ne fasse pas tout foirer avec son fichu caractère !
        Et avec toutes ces histoires, j’ai peut-être raté ma fille ! Je me précipite dans la salle. Pendant ma discussion, l’ambulance a emmené Kaya, Nigel et leur progéniture à l’hôpital. Les gens commencent à se dire au revoir. Je serre une dernière fois leurs mains…

    « 1820 »

  • Commentaires

    1
    Link
    Lundi 18 Mai 2009 à 22:21
    J'adore lire ces scènes qu'on connait de l'autre point de vue et les découvrir de celui d'Azra ! Je trouve ça trop fort !
    2
    C'ian
    Jeudi 21 Mai 2009 à 14:54
    MDR !!! Elle est géniale Cassinette <333 Et Coriochou/Cassinette, ça va donner xDDDD
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :