• 10

    Je vais m’arrêter parce que j’en suis à la collection « Rouge Passion » et que l’étape suivante ne s’achète plus chez les libraires, mais dans des magasins aux vitrines noires et aux néons roses... Et que ça commençait à devenir vraiment gênant... Mais je suis pas bien quand même ! Il n’a pas cessé de m’insulter depuis qu’il m’a vue et moi... Il devenait urgent que je reprenne les séances chez mon psy...
    Alors j’ai fait tourner le crayon autour de mon index, comme une vieille habitude d’écolière, avant de lui donner la seule part de moi qu’il n’aurait jamais. Parce que je ne connaissais qu’une seule femme assez acide pour son amertume, assez acerbe pour son cynisme, assez désabusée pour sa misogynie, assez idiote pour être restée jusque là.
     
    Quand il a regardé le dessin, rien sur son visage ne laissait transparaitre la moindre émotion. Mis à part peut être un léger tremblement de sourcil, sur la droite. Comme s’il avait fait un pari avec lui-même et qu’il venait de le perdre.
    - Mais c’est...
    Cette fois, c’était lui qui n’avait plus de mots.
    - Oh oui, surement parce qu’Olympe me rappelle la Grèce et que la mythologie me va bien... Et que je suis surtout tellement courge, éclatai-je franchement.
    - Je suis amoureuse ! s’écria une voix depuis le bureau, j’ai tout de suite su que ça allait coller entre vous, s’enthousiasma Adèle, vous allez faire de grandes choses ensemble ! C’est certain mes lapins !
    - Hein ?
    Nous nous sommes retournés en même temps, avec la même intonation de voix et ce même mot qui n’était une habitude de langage ni chez l’un, ni chez l’autre.
    - Je veux les épreuves sur mon bureau dans quinze jours, Mademoiselle Parlanti.
    - Certainement pas, s’opposa Coriolan, elle les apportera d’abord chez moi pour que je les valide. Et je veux savoir comment elle a su qu’Olympe était un homme !
    Avant de laisser Adèle pousser ne serait-ce que l’ombre d’un soupir, j’ai profité de l’avantage que l’éditrice venait de me donner sur lui. Je me suis penchée, assez près pour le voir reculer à mon tour.
    - C’est une malédiction liée à mon prénom, murmurai-je avant de me diriger vers la porte.
    - Cassandre, m’arrêta-t-il brusquement, tu t’appelles Cassandre !
    Un sourire se dessina sur mes lèvres. Oh pas parce qu’il avait deviné mon prénom. Je me doutais bien qu’il le ferait, je l’espérais même. Il m’aurait déçue sans cela. Non, parce qu’il m’avait tutoyée.
    J’avais réécrit l’Histoire. Cambronne venait de gagner Waterloo.
    - Vous aurez les dessins, sur votre bureau, répondis-je ingénue, dans quinze jours.
    Quand j’ai refermé la porte derrière moi tout s’est bousculé dans ma tête.
    C’est là aussi je crois que je l’ai dit pour la première fois. Hurlé serait plus exact en vérité.
    - Bordel à queue de dieux orgiaques en rut !
    Toute la scène repassait devant mes yeux. Le cactus. Mes fantasmes incongrus et embarrassants. Le portrait... J’avais constamment été sur le fil du rasoir. Personne avant lui ne m’avait jamais autant mise en danger.
    - Je ne pourrais plus jamais le voir en face...
    Je me suis effondrée dans le couloir.
     
    Je n’avais montré que quelques cicatrices à travers ce dessin. Mais j’avais été au bord de les rouvrir. Il était le danger.
    - Je veux mourir... paniquai-je en tâtonnant dans mon sac pour récupérer mon portable.
    Mes doigts tremblaient quand je fis le numéro. Je dus m’y reprendre à deux ou trois fois avant d’y parvenir.
    - Docteur Bergeon ? C’est Cassandre Parlanti. J’ai besoin d’un rendez-vous. Un homme. Je ne l’avais pas vu depuis cinq ans... Je... Je l’ai reconnu...


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  • 11

    La salle qu’Azra avait louée n’était pas très grande. Morgane était pourtant une jeune femme sociable qui savait attirer le monde autour d’elle. Quels changements se sont produits dans sa vie pour créer un tel vide ?
    De petits groupes se forment entre les tables. Attirés par les liens et les souvenirs communs qui les unissent... Ou au contraire guidés par une absence totale de lien qui va leur permettre d’en nouer de nouveaux.
    J’ai lâché Coriolan.
    Je ne vais pas lui imposer ma présence. Il est évident que ma compagnie ne l’intéresse pas le moins du monde.
    Je suis déjà suffisamment dans l’embarras de par mon retard, inutile d’entrainer les autres avec moi dans le malaise.
     
    J’entreprends donc un tour des groupes de convives (tout en scrutant ceux où s’intègre Coriolan, afin d’éviter la bévue de me retrouver dans le même que lui)
    Zut ! Il a vu que je le regardais...
    En reculant, je percute la table où se servait une jeune femme.
    - Eh bien Cassandre ? Tu ne sais plus où tu vas ?
    Je tique légèrement en détaillant les traits de son visage.
    Bordel à queue !... Mais c’est la fille qui m’a chouravé mon taxi tout à l’heure ! Je savais bien que je la connaissais !
    Je plisse les yeux sous l’effort continu que cherche à faire ma mémoire.
    Elle me sourit de cet air affable qui me fait comprendre qu’elle est au courant.
    - Lucia Bianchi... Ta cousine...
     
    Et là, je vous vois tous morts de rire... Même sa famille ! Elle est incapable de reconnaître les membres de sa propre famille...
    Ben ouais.
    Voilà. On ne peut pas dire non plus que Lucia et moi étions très proches. D’abord elle est de la famille de mon père. C’est peut être un détail pour vous, mais pour moi je vous assure que c’est une raison amplement suffisante qui explique que je n’ai pas à me rappeler d’elle. Ensuite, la dernière fois que je l’ai croisée je devais avoir quoi ? Quatorze ans ? Mes problèmes de mémoire commençaient tout juste à cette époque. Donc vous conviendrez aussi que seize années se sont écoulées entre temps, et que Lucia ne ressemble plus aujourd’hui à la petite fille de sept ans que j’avais connue alors.
    D’ailleurs elle ne semble pas choquée par le fait que je ne la reconnaisse pas, elle. En même temps, un point pour elle ! Elle m’a reconnue sans hésitation. Elle est drôlement physionomiste !
    - Tu connaissais Azra ou Morgane, Cassandre ?
    - Les deux. Mais ce sont bien les seuls ici !
    J’étouffe un rire pour détendre un peu l’atmosphère.
    - Ah bon ? Pourtant tu avais l’air de connaître aussi le grand gars aux cheveux longs là bas.
    Rah ! Elle m’oblige à regarder Coriolan au moment où évidemment une fois de plus nos yeux se croisent.
    Je murmure. Je suis à peine audible. Trop tard, je suis persuadée qu’il m’a vue.
    - Oui mais disons qu’avec lui c’est un peu particulier... A chaque fois que je le vois je...
    - Tu le reconnais ?
    - Mais pourquoi tu parles aussi fort, oui... Je le reconnais... Enfin j’essaye de t’expliquer que...
    Et là je ne sais pas ce qu’il lui a pris, mais Lucia s’est mise à hurler. Sérieux, je pense qu’il y en a peut être en Papouasie inférieure qui n’ont pas dû entendre... A l’extrême rigueur...
    - Tiens ! Tu ne m’avais pas dit un jour que le seul homme que tu reconnaitrais n’importe où et n’importe quand serait l’homme de ta vie ?
    Je crois finalement qu’il y a parfois du bon à oublier certaines choses...
    J’ai tellement chaud que j’ai l’impression que de la fumée traverse mes vêtements. Je n’ose pas me retourner. Je n’ose pas, mais en même temps... Je le fais ! Bingo ! J’aurais dû le parier. Il me regarde. Il me regarde si profondément que je ne pourrais plus me cacher nulle part.


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  • 12

    Je me dirige vers un coin de la salle. Au hasard. Tapisserie. Je vais faire tapisserie. Je manque bien sûr de me prendre le mur en surveillant Coriolan du coin de l’œil le temps que dure mon déplacement.
    C’est bon Cassandre, on arrête les frais... Tu t’es suffisamment faite remarquer pour aujourd’hui.
    J’avoue que je ne l’aie aperçue qu’une fois installée contre le mur. Cette fille aux cheveux très courts et très rouges. Comme le hasard nous a voulues compagnes de mur, je lui souris. Doucement.
     
    Ses lèvres se pincent. Lui aurais-je fait du tort dans une autre vie pour qu’elle m’assassine à ce point de ses prunelles noires ?
    Aurais-je commis un irréparable impair en m’installant ici ? Peut-être était-ce son mur ? Je joue un instant avec les pointes de mes chaussures, histoire de me donner une contenance.
    - Ne fais pas semblant. Ca m'énerve.
    - Mais non, je ne t'avais pas vue... Vraiment... Excuse-moi.
    Je pense qu'elle a dû voir que je plissais les yeux sous l'effort que je faisais pour tenter de la reconnaître. C'est terrible tous ces gens qui vous tutoient et à qui vous avez envie de répondre "vous". Elle perçoit le malaise.
    - Je te perturbe parce que tu ne sais pas si on se connaît. Exact?
    - J'avoue...
    Soulagée. Maintenant peut être que je vais pouvoir avoir une vraie conversation.
    - Et pour Morgane : il a fallu qu'on te rappelle qu'elle était ton amie ou tu as réussi à t'en souvenir toute seule?
    Je crois que je vais me chercher un autre mur en fin de compte. Je lui adresse en passant le sourire le plus imbécile que je sais faire, le ton le plus naïf que je peux exprimer.
    - Oh, tu sais, tu me connais... J’ai vu de la lumière, et je suis rentrée.
    J’ignore son haussement d’épaules. Celui là-bas conviendra très bien, il n’y a encore personne dessus.
    Et tandis que je me dirige vers mon nouveau mur, je tombe face au grand blond et sa compagne aussi blonde que lui (celle qui a un parachute à la place du ventre).
    - Nous te cherchons depuis le début de la réception, Cassandre ! Me lance le garçon avec un sourire ultra brite colgate over sexy de la mort.
     
    Un léger accent. Mais non. Je ne le remets toujours pas vraiment.
    - C’est gentil. Ca me fait plaisir de vous voir aussi.
    Eh oui ! L’art de faire croire qu’on se rappelle les choses qui nous dépassent. Des années d’expérience, les enfants ! Des années d’expérience... Cassie number one !
    - Nous voulions te demander si tu serais d’accord pour que notre fille puisse avoir Cassandre en deuxième prénom.
    Merde, mais je les connais à ce point là ? C’est la méga giga honte pour le coup...
    - Je suis vraiment touchée. Mais mon prénom est peut être un peu lourd à porter...
    - Pour ça qu’il ne serait que le second, appuie le jeune homme.
    Vas-y enfonce moi. Enfin, au moins il est direct. Je libère un rire évasif. Sa compagne a la bonté de me révéler le fin mot de l’histoire :
    - C’est pour te remercier.
    - Me remercier ?
    Non mais au secours ! Une bouée ! Je me noie ! Et flûte, je rêve ou Coriolan me regarde... Encore... A croire que je suis un sujet d’étude pour son prochain roman. C’est pas possible autrement.
    - Oui, c’est quand même grâce à toi si Nigel et moi...
    Je n’écoute pas la suite. Nigel... Nigel. Nigel ! NIGEL ! Ca y est ! J’y suis !


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  • 13

    Je venais d’acquérir ce sublime appartement dans un quartier populaire en plein essor. C’était un vieux logement, que le temps et l’amour de ses prédécesseurs avait élimé, mais dont le charme était encore préservé. Enfermé dans chacune des fibres qui le constituait, même s’il fallait tout refaire.
    Tout.
    Du sol au plafond.
    Il se dégageait de l’endroit un cachet inimitable et je savais que j’avais trouvé mon chez moi. Pour un bon bout de temps.
    Il se trouva que le roman d’Olympe dont j’avais croqué la couverture fut son plus grand best seller. Traduit en vingt-cinq langues. Vendu en plusieurs millions d’exemplaires dans le monde. Et si, il est évident que Coriolan avait dû en retirer un certain avantage financier en tant qu’auteur, il se trouva, qu’en tant qu’illustratrice, je pus sortir subitement de l’ombre. Il n’en fallut pas plus pour que les contrats commencent à pleuvoir et j’avais fini par me lier à une maison d’édition pour enfants assez réputée qui m’assurait un revenu confortable et régulier.
    J’avais donc pu m’offrir cet appartement. Ce superbe appartement. Mon premier appartement.
     
    Et j’ai donc voulu faire les choses bien. Afin d’harmoniser les zones, et d’y faire régner les ambiances positives qui me tenaient tant à cœur, je m’étais adressée à un architecte d’intérieur du quartier. Pour y concevoir le cocon Feng Shui dont je rêvais.
    C’est là que j’ai rencontré Kaya. Cette petite Suédoise discrète et douce, blonde s’il en est et dans la mesure où les Suédoises le sont, qui vivait en France depuis peu et exerçait dans le cabinet au travers d’un stage sous payé. Elle était comme moi : adepte de produits bio, de vie saine et équilibrée et nous avions assez vite sympathisé.
    C’est donc tout à fait naturellement que j’avais sollicité son aide pour construire les plans de mon intérieur (en lui promettant une rémunération décente, compte tenu du travail qu’elle aurait à fournir).
    Le hic étant bien sûr qu’elle parlait fort peu le français. Le hic étant que je parlais fort mal l’anglais. Et qu’entre le Mandarin, le Français, le Suédois et l’Anglais, nous allions très vite nous retrouver dans une délicate situation d’incommunicabilité.
    Je me rappelle que j’emmenais Kaya visiter l’appartement pour la première fois lorsque nous l’avons croisé. Il était sur le même trottoir que nous. A quelques mètres.
    Sentant mon sang monter subitement en pression, j’ai crié comme une bigote apercevant le diable au milieu de la rue :
    - Bordel à queue de dieux orgiaques en rut ! Coriolan Galen !
    Ce n’est plus très clair dans mon esprit, mais il me semble que je me suis précipitée derrière un tas d’ordures. Sur le côté.
    Et le reste est plus confus encore. Au milieu des battements effrénés de mon cœur qui cherchait un moyen de s’extirper de ma poitrine, je crus l’entendre s’arrêter au niveau de Kaya. En même temps, si sa vision à rayons X pouvait percer mes vêtements, elle ne percerait pas le tas de poubelles qui me protégeait tel un mur malodorant.
     
    Mais je pense qu’il devait entendre mon cœur. Ce n’est pas possible autrement. Il faut dire qu’il faisait un de ces boucans le bougre. Sérieux, je le sais que j’ai toujours eu beaucoup de chance... Et que j’avais surtout été si discrète dans mon empressement à l’éviter.
    En tout état de cause, il s’adressa à Kaya :
    - Excusez-moi, vous n’étiez pas avec quelqu’un, il y a une minute à peine ?
    Je supposai qu’elle lui avait répondu par un geste puisque je ne me souviens pas avoir entendu sa voix.
    Mais le pire ! Le pire du pire ! L’horreur absolue, fut lorsque je l’entendis jeter par-dessus les poubelles avec ce ton sardonique qui le caractérise si bien :
    - Bonjour, Cassandre !
     
    Je crois que je l’ai encore dit à ce moment là. En même temps, il y a deux choses que je dis toujours en présence de Coriolan Galen : « bordel à queue de dieux orgiaques en rut » et « je veux mourir ». Etant données les situations ridicules dans lesquelles je me plonge systématiquement lorsque je le croise. Comme j’avais déjà hurlé la première (nul doute que c’était d’ailleurs arrivé jusqu’à lui, vue la puissance et la passion que j’avais mises dans mes cordes vocales), il ne me restait plus qu’à prononcer la seconde :
    - Je veux mourir...


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  • 14

    Finalement, il eut la décence de m’abandonner derrière mon infect tas d’immondices sans attendre que j’en émerge (surement avec des vieux poireaux coincés dans le ruban de mon chapeau de surcroit). Et nous pûmes donc atteindre l’appartement en toute quiétude avec Kaya.
    Il nous suivit de près. J’avais tout juste eu le temps de proposer un thé à ma jeune stagiaire Suédoise, qu’il sonna à la porte. Nigel. Le sublime, l’excitant, le fantasmagorique Nigel. Doux comme une guimauve. Tendre comme un chamallow. Bon, vous avez compris, nul doute qu’à l’époque, et bien voilà... J’aurais bien voulu que... Mais n’allons pas trop vite, nous n’y sommes pas encore.
    J’ouvre donc la porte à Nigel, des frissons plein la peau et des sourires pleins la bouche. Je le connaissais depuis peu de temps, mais ça avait tout de suite bien accroché entre nous. Et on s’était rapidement liés. Comme il créchait aussi dans le bio, l’écologie et la vie saine, et qu’il était aussi Suédois, j’avais naïvement pensé qu’il pourrait m’assister dans mes éventuelles galères de traduction avec Kaya. Ouais, je suis très con des fois. En même temps, que voulez vous, c’est moi...
    Parce qu’en plus d’être un plat de nouille, naïf et crétin, je suis aveugle.
    J’ai effectivement remarqué que le courant passait plutôt bien entre Kaya et Nigel. Forcément, ils avaient certaines choses en commun, outre leur amour du bio et de l’écologie... La langue ça aide aussi... La culture, le pays. Bref toutes ces choses que je n’avais pas. Et donc ça plaisantait sec.
     
    Après une bonne heure, passée en observation sur les lieux, je propose à Nigel d’aller déjeuner en tête à tête au troquet de ma jeunesse, à un long quart d’heure de marche. Kaya, quant à elle, nous quitte sur le seuil de l’immeuble pour retourner construire les plans au cabinet.
    Le trajet fut parsemé d’embûches. Il fallut contourner plusieurs rues afin d’éviter Coriolan Galen qui décidément s’était mis en tête de rôder dans le coin (sérieux, il me suivait ou quoi ?).
     
    Puis je me fis héler depuis le trottoir voisin par un couple que, sur le coup, je fus totalement incapable d’identifier. Un grand basané, et une jeune brune. De mon âge à peu près. C’est Nigel qui me surprit en les interpelant à son tour :
    - Azra ! Morgane ! Mais qu’est-ce que vous faites par ici ?
    Foutue mémoire. Je ne devrais jamais perdre les gens de vue pour ne pas les oublier.
    Vous savez, cette solitude absolue que l’on ressent face à l’autre qui vous a reconnu et que vous ne remettez pas. J’étais comme ces personnages de manga. Avec des yeux ronds et une grosse goutte qui dégouline le long de la tempe.
     
    Ouais. Ahah. Je devais ressembler... A peu près à ça... Hélas...
    Après quelques tournures de politesse, nous échangeons nos adresses et nos numéros de téléphone en nous promettant de ne plus nous lâcher cette fois. Et que c’est juré, ils viendraient tous les deux à ma pendaison de crémaillère quand l’appartement serait terminé.
    Et j’arrive enfin à mon tête à tête. Au troquet. Face à mon beau Suédois. Emoustillée comme une adolescente. Préparant déjà à l’avance dans ma tête des milliers de scénarii tous plus romantiques les uns que les autres.
    J’ai peut être une mémoire de merde, en revanche l’imagination, ça y va. Croyez-moi.
    Il m’emmènerait là où nous nous sommes rencontrés. La première fois. En sortant du restaurant. Là, il m’avouerait qu’il n’a jamais oublié notre rencontre. Qu’il s’en rappelle les moindres détails (ouais ben quand on n’a pas de mémoire, on compte un peu sur celle des autres, vous moquez pas), ma coiffure, mes vêtements... Il me reprocherait aussi mon apparente légèreté qui donne l’impression souvent que je n’ai d’attache avec personne. Nulle part. Parce que ne dire que les qualités c’est pas romantique, c’est cliché. C’est nunuche. Et moi je ne veux pas de nunuche. Et il m’embrasserait devant un soleil couchant qui surplomberait la mer de son aura dorée... Ouais sauf que là c’est grave cliché... Et qu’en plus, y a même pas la mer dans le coin.
     
    Ainsi donc perdue dans mes douces pensées sucrées, j’eus l’impression de me prendre le chariot de barbapapa en pleine face quand il me demanda, tout rougissant :
    - Dis-moi, Cassie... Ca fait longtemps que tu connais Kaya ? Elle a quelqu’un ?
    Il n’y eut pas que les mots qui se répétaient. La sensation d’avoir déjà vécu cette scène. Trop de fois. Les gestes aussi furent identiques. Je m’effondrai sur la table. Anéantie.
    - Je veux mourir.
     


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