• 15

    C’est plus que du courage qu’il me fallut pour affronter la fin de cet entretien que j’avais jusque là attendu et langui comme le messie. J’étais presque soulagée en le quittant, en ce début d’après midi. Mes pensées n’étaient soudain plus du tout orientées vers des soleils couchants ou des océans fictifs sur lesquels s’échangeaient des baisers romantiques... Non, elles étaient plutôt dirigées cordes, calibre de revolver, hauteur de défenestration, ce qui fit que je ne le vis pas aussi vite que d’habitude. Et quand je redescendis sur terre, j’étais plus face à lui que jamais.
    Deuxième fois de la journée. Exceptionnel. Surement pour ça que je m’en rappelle.
    - Bordel à queue...
    Ca, ça sortit assez fort.... « de dieux orgiaques en rut » resta en revanche coincé quelque part entre mon cerveau et ma gorge. Ravalé par une déglutition nerveuse et maladroite.
    C’était un peu trop tard, mais j’ai quand même tenté la fuite. Il fallait évidemment que je me ridiculise une fois de plus. Sinon l’histoire ne serait pas drôle. Je me tordis donc lamentablement la cheville en sautant sur le trottoir et si je ne tombai pas, ce fut grâce à son bras qui me retint juste avant le décollage de mon vol plané.
     
    Là, il fallait bien sûr que je dise un mot. Rouge. Violette. Non. Pourpre était sans doute la couleur qui me caractérisait le mieux en cet instant.
    - Merci, murmurai-je du bout des lèvres, sans oser vraiment le regarder.
    - Pas de mal, répondit-il d’une voix neutre et calme.
    Quand je relevai la tête pour adresser à Coriolan un bref sourire (quand même c’était la moindre des politesses), je réalisai soudain qu’une femme se tenait à ses côtés. Il était accompagné.
     
    Il n’était pas seul. Et cette vision eut sur moi un effet totalement inattendu. J’éprouvai brusquement une jalousie, une haine à l’égard de cette créature qui ne m’avait rien fait avec une puissance inexpliquée. Je lui aurais volontiers arraché les yeux sur place et lacéré le visage de mes ongles manucurés. Quitte à me les briser sur son visage de poupée. Cette sensation me comprima si bien la poitrine que je trouvai tout juste la force de me dégager de son étreinte et de partir en courant.
    Sans me retourner.
    Je suis maudite.
     


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  • 16

    C’est Azra qui me tire de cette rêverie solitaire au moment où l’émotion commençait à m’étrangler un peu trop fort. Alléluia !
    Il me prend par les épaules, m’extrait de la cachette dans laquelle je me suis fourguée sans m’en rendre compte.
     
    - Alors, Cassie, dis moi tout. Qu’est-ce que tu dessines en ce moment ?
    Enfin quelqu’un qui me porte un minimum d’intérêt. A travers le sourire que je lui rends, je sens que c’est du miel qui coule dans mes veines.
    - J’illustre une édition reliée cuir pour une adaptation des Mille et une Nuits...
    Tiens, les yeux de Coriolan ! Ca faisait longtemps que... Bordel à queue ! C’est pas vrai ! Je n’ai pas fait ça ! Je n’ai pas fait CA !
    CA me saute à la figure comme une évidence.
    Vue la couleur écrevisse que vient de prendre subitement mes mains, je n’ai soudain plus aucun doute sur celle que peut avoir mon visage.
    Et pauvre Azra qui a surement cru bon me secourir en ajoutant :
    - Dis donc, j’espère que tu nous l’as faite sexy Schéhérazade !
    Là, c’est la goutte d’eau (enfin celle que je n’ai plus, vu que toute l’eau s’est évaporée de mon corps avec ma brusque montée de fièvre).
    De nouveau les yeux de Coriolan.
    C’est fini. J’ai fondu. Il n’y a plus qu’une petite flaque de Cassandre sur le sol. Je suis sure que certains ici se feront un plaisir de passer la serpillère. Non seulement j’ai représenté Coriolan Galen en Schariar... En sublime Schariar... Mais...
     
    - Je veux mourir.
    Et je veux surtout disparaitre, loin, très loin... Maintenant. Tout de suite.
    Azra parait un peu inquiet devant le subit tremblement de mes mains.
    - Je vais aller fumer dehors, je crois.
    - Tu n’avais pas arrêté, Cassie ?
    - Si. Mais je pense qu’il devient urgent que je reprenne.
    Je me dirige vers une porte. Au hasard. Les derniers mots que j’entends sont ceux d’Azra qui me crie :
    - Cassie ! Pas par là ! C’est la cave !
    La cave. Encore mieux. J’y serai bien rangée. Je n’y verrai plus personne. Je n’y manquerai à personne.


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  • 17

    Les marches sont brinquebalantes et difficiles à descendre. Saleté d’échasses. Qui, à part moi, peut avoir l’idée de mettre des bottes pareilles ?
    Il fait particulièrement sombre, en même temps je n’éprouve pas l’envie d’allumer la lumière. L’obscurité me camoufle et c’est tout ce dont j’ai besoin.
     
    Il n’a quasiment pas fait de bruit en descendant. Ou j’étais tellement perdue dans mes pensées que je ne l’ai pas entendu. Ce qui est aussi tout à fait possible.
    Quand il a commencé à déplacer des chaises, je crois que j’ai sursauté.
    - Mais qu’est-ce que tu fais là ? Toute seule, dans le noir.
    - Je... Je... Je...
    Je suis pitoyable. Même pas fichue de formuler une phrase grammaticalement correcte.
    - Tu as besoin d’aide, Coriolan ?
    J’écrase rapidement le mégot qui commence à me brûler les doigts, avant d’empoigner une des chaises pliantes qu’il tient contre lui.
    - Ca va aller. Je ne te dérange pas plus longtemps.
    Sérieux, qu’est ce que je lui ai fait à la fin pour récolter autant de froideur ? Autant les autres, je ne me rappelle pas de tout, donc je me suis peut être mal comportée. Mais lui ! Lui, je me rappelle de tout. Et s’il y a bien une chose dont je suis certaine c’est que je ne lui ai jamais rien fait.
    Je ne dois pas lui revenir.
    C’est comme ça.
    Au placard Schariar, tu ne seras jamais sa Schéhérazade.
    Fantasmes idiots.
     
    Tant pis pour lui, parce qu’en même temps s’il y a une chose que je sais faire, c’est bien raconter des histoires !
    - Tu ne savais pas que j’étais là, et il n’y a rien à déranger.
    J’insiste en soulevant la chaise que j’ai saisie.
    C’est là que la porte a claqué.
    Son air surpris m’arrache un sourire. Mais en remontant ouvrir la porte, je ne sais plus si j’ai envie de rire.
    Il n’y a pas de poignée.
    Formidable. J’ai décidément tellement de chance...
    Allez, essayons de prendre la chose avec philosophie.
    - Je crois qu’on est enfermés.
    Il se précipite à son tour dans les escaliers constater par lui même que je ne l’ai pas embobiné avec une mauvaise plaisanterie.
    Je pense que je suis définitivement idiote. Définitivement parce que j’aurais peut être dû me rendre compte qu’il prenait la chose avec moins d’humour. Je n’aurais jamais dû dire ce :
    - Et tu veux savoir le plus drôle ? Mon portable est dans mon sac à main... Dehors ! Tu peux prévenir quelqu'un ?
    Sa réponse est sèche et ne se fait pas attendre.
    - Parmi mes innombrables dons, la télépathie n'en fait pas partie... Sinon, crois bien que je m'en serais déjà servi pour appeler à l'aide !
    Ben pardon de croire que, comme tous les mecs, tu te balades avec son portable et tes clopes dans une poche ! En même temps ça aurait pu passer (j’ai l’habitude qu’on me parle avec brutalité, même si j’ai du mal à encaisser le « à l’aide », je ne suis pas le Minotaure tout de même)... Mais quand il m’a poussée d’un geste presque brusque pour vérifier si la poignée n’était pas tombée, là, j’ai commencé à me sentir vraiment mal.
    Non seulement il prenait la situation très au sérieux... Mais en plus, c’était, semble-t-il, une véritable torture de devoir la subir avec moi.
    Seule, Cassandre. Tu es toute seule.
    Génial. Il va me couper la tête. Comme toutes les autres.
    Je me laisse glisser sur une chaise, un peu sur le côté. En riant nerveusement. Je n’aurais pas dû non plus. La poussière que j’ai soulevée en me laissant aller à ce mouvement me fait tousser.
    - Ouais, conclus-je pour moi-même, c’est pas drôle...
     
    Une forme attire mon regard dans l’ombre. Peut-être pas si seule en fin de compte... Mon sourire s’adoucit soudain, et je n’ai cure de la chaise qui se renverse avec fracas lorsque je me lève d’un bond pour empoigner cette bouteille qui m’appelle avec insistance.
    - Château Cheval Blanc 1978... Au moins nous ne serons pas en mauvaise compagnie le temps que l’on se rende compte de notre disparition... Tiens la bouteille... Je vois si je trouve des verres...
    Je lui colle d’autorité dans les bras. L’ivresse lui fera surement oublier que ce n’est que moi. Ne mésestimons pas le pouvoir du vin. Il se peut même qu’on en vienne à parler... Peut-être...
    - Excellent choix...
    Ce murmure est quasi imperceptible, mais il agrandit le sourire que je m’efforce d’afficher sur mon visage. Il trouve que c’est une bonne idée. Un point de gagné. Toujours ça de pris...
    Pendant que je tâtonne dans le noir entre les caisses et des choses (je préfère même pas savoir ce que c’est) à la recherche de verres dignes de ce nom, je l’entends soudain s’exclamer.
    - Abomination de la désolation !
    En sursautant, mon épaule heurte un carton qui émet alors un fin bruit de verres s’entrechoquant. Et tandis que je le vois fouiller une étagère, je récupère victorieusement deux coupes dans la caisse que je viens de dénicher.
    Le face à face est simultané, lui m’agite sous le nez le tire-bouchon qu’il a trouvé...
    - Le dieu Bacchus est avec nous ! C'est la seule arme que je supporte...
    Moi, lui présentant mes deux verres en offrande...
     


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  • 18

    En versant le vin, je vois qu’il ne me quitte pas des yeux. La pénombre masque heureusement le rouge qui vient de s’imprimer sur mes joues. Après m’avoir brutalisée, voilà maintenant qu’il recommence à me déshabiller. Tu es un mystère pour moi, Coriolan Galen. Un grand, un puissant (et surement quelque part, un fascinant) mystère.
    - Eh bien, à quoi boirons-nous aujourd’hui ?
    La douceur de sa question me déstabilise. Je sens que je vais bafouiller. Déjà que je suis de la même couleur que le vin, si j’essaye de trouver une réponse normale il va tout de suite remarquer mon trouble. Alors j’utilise ma traditionnelle technique. Raconter n’importe quoi. En détournant son attention, il ne verra pas à quel point le sang pulse dans mes veines. Il n’entendra pas à quel point mon cœur s’est mis à battre...
    - Au fait qu'on soit enfermés tous les deux ici ? Non attends, à mon arrivée stupide qui m'a collé la honte, à l'enterrement... A la fois où je me suis retrouvée derrière les poubelles avec des poireaux dans le chapeau ? Celle où je t'ai fichu hors de toi parce que j'ai supposé qu'Olympe était un homme ? A la superbe remarque de ma cousine dans l'assemblée, qu'elle aurait pu bramer encore plus fort histoire que ta famille entende aussi à l'autre bout de la ville ?... NON ! Je sais ! Au fait que je n'ai pas hurlé cette imbécile de phrase en te voyant tout à l'heure... ou...
    Je suis calmée. Débiter des âneries me calme. OK, ça ne me fait pas paraitre formidablement intelligente aux yeux des autres. En même temps ça m’est égal. J’ai appris depuis longtemps à vivre avec... Même si son regard n’a pas la même valeur sur moi que celui des autres justement.
    Je sens que, cette fois, la mayonnaise ne prend pas.
    Et au lieu de me détendre, me voilà plus mal à l’aise encore. Juste parce que c’est lui. Et parce que c’est comme ça.
    Je tourne la tête. Vaincue.
    - Ahah, c'est pas très drôle, non plus... J'ai un peu l'art de me rendre ridicule, désolée.
     
    Je lui tends mon verre. Sans le regarder. Pour trinquer. Et si, pour une fois, j’arrêtais de jouer ?
    - Tu as écrit récemment ? Te sens pas obligé de me répondre hein, c'est histoire de faire la conversation... Je viens de dire des trucs tellement crétins que j'essaye de passer à autre chose. Et vu qu'on ne sait pas combien de temps on en a à être ici tous les deux, ça serait sympa de ta part de faire semblant de croire que tu as oublié ce que j'ai dit...
    - Tu n'as pas à être désolée... Tu as décidé de pousser ton art à son paroxysme et cette constance force quelque part l'admiration. Et puis, tu ne devrais pas te soucier autant du regard des autres. Tu sais, les autres ne nous voient jamais comme nous sommes réellement... Alors, seul l'avis des personnes qui nous sont chères devrait nous importer, tu ne crois pas ?
    L’avis des personnes qui nous sont chères... Sérieux, le seul qui m’intéresse est celui qui m’a fuie jadis. Et aujourd’hui, le seul qui semble m’importer est décidément celui qui ne cherche qu’à me fuir... Encore...
    - Et pour répondre à ta question : non, je n'ai rien écrit depuis des semaines... Manque d'inspiration sans doute... Pour t'avouer, je suis las de cette mascarade... Prendre le pseudonyme d'Olympe de Courge m'a amusé un temps... Longtemps même... Mais maintenant il me pèse ! Comme une armure qui ne serait plus à ma taille... N'as-tu jamais eu ce sentiment d'être prisonnière d'un rôle ?
     
    Quand je vous dis que je suis nue devant lui... Vous me croyez maintenant ?
    Un dilemme s’offre à moi. Ou je récupère le masque que j’ai laissé tomber il y a quelques secondes, ou je montre qui je suis.
    L’obscurité alentour me protège. Il ne se rappellera pas des expressions de mon vrai visage. Il est même fort probable qu’il prenne mes allégations pour de la divagation. Et ça me ferait tellement de bien une fois, rien qu’une fois, montrer qui je suis, autrement que par un dessin lancé par défi.  A quelqu’un... Je soupire avant de m’élancer.
    - Enfin un qui va un peu plus loin que les apparences. Je me fous du regard des autres. Je le détourne et le ridiculise. Je les occupe avec ce qu'ils pensent savoir de moi. Ainsi personne ne cherche à aller plus loin. Personne ne va gratter la peinture pour voir ce qu'il s'y cache en dessous. Ce sale vieux palimpseste jauni que j'ai repassé tant de fois. Mais oui, Caius Marcius, il m'arrive d'être lasse. Très lasse même.
     
    Les reflets irisés du vin que je fais tournoyer m’hypnotisent légèrement.
    Cela fait des années que j’attends le moment de citer ce passage qui me caractérise si bien. En même temps, personne d’autre que lui ne pourra mieux le comprendre étant donné l’écrit d’où il est tiré.
    - Est-ce de l'orgueil, ce défaut qui afflige ceux que leur bonne fortune tire du sort quotidien ? Est-ce une erreur de jugement qui l'a rendu incapable d'exploiter les opportunités dont il était le seigneur ? Ou bien est-ce dans sa nature de garder toujours une seule et même conduite. Il y a de tout cela en lui.
    Je me sens libre. J’ai avoué à un autre une part profonde de ce que je suis en réalité. Sans masque et sans fard. C’est presque un soulagement. Un curieux soulagement. Parce que c’est avec lui que j’ai choisi de le faire. Je sais que le regard que je lui jette n’a rien à voir avec ce que l’on a pu voir de moi jusqu’alors. Je sais à quel point il peut être empreint de cynisme et d’amertume. Je l’ai si souvent affronté dans ma solitude. Mais je m’arrête là. Au-delà, la porte est encore close. Je ne le laisserai pas aller plus loin. Pour l’instant.
    Son air ébahi me fait éclater de rire. Sérieux, il devait surement s’imaginer que je ne pouvais pas sortir de l’Ile au trésor, ou du Club des Cinq niveau citation. Après tout il me l’avait bien fait comprendre, en son temps, que je n’étais qu’une pauvre petite illustratrice pour enfants.
    - William Shakespeare, Coriolan, acte IV, scène VII ! Eh oui cette petite sotte de Cassandre a lu autre chose que Oui-Oui au pays des jouets ! Surprenant non ? Sers-m'en un autre.


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  • 19

    Je suis horriblement vexée soudain de penser m’être trompée en me livrant ainsi.
    La bouteille reste dans sa main. Le verre dans la mienne. Immobiles tous les deux.
    - Non, vraiment ? Tu me trouves orgueilleux ? Quelle fine et profonde analyse de mon caractère ! persifle-t-il. Je ne sais pas si je dois me sentir flatté que l'on me compare à un personnage aussi noble et ardent... Ce qu'il ne peut changer dans sa nature, vous le mettez à son compte comme un vice ; vous ne l'accuserez pas du moins de cupidité ? - Et quand je ne le pourrais pas, je ne serais pas stérile en accusations : il a tant de défauts que je me fatiguerais à les énumérer. Coriolan, Acte I, scène I ! Alors prends garde, Cassandre : je suis cent fois pire que le Coriolan de Shakespeare !
    Il s’est approché si près que, s’il y avait un tantinet moins de mépris dans ses yeux, j’aurais été persuadée qu’il voulait m’embrasser.
     
    Lui aussi d’ailleurs se rend compte de l’ambigüité de la situation. Il recule brusquement. Je le sens troublé. Gêné.
    Il n’a pas compris.
    - Je me permets juste de rectifier un détail : je n'ai jamais entretenu de rapports fusionnels avec ma mère comme ton héros romain...
    Je suis déçue. Un peu peut être.
    Mais j’ai senti une faille. Sa main est un peu moins sure que tout à l’heure quand il remplit enfin mon verre.
    - Deuxième petit détail : je ne t'ai jamais attribué des lectures qui n'étaient pas les tiennes... Ceci étant dit, à ta santé !
    Ne joue pas au cynique avec moi. Je risque bien te surprendre. Il se pourrait même que tu perdes...
    Un rire s’échappe de mes lèvres quand j’entends son verre choquer une nouvelle fois le mien.
    - Sérieux ? Tu t'es senti visé ? Mais je parlais de moi, gros béta ! C'est bien à moi que s'adressait ta question ?...
    J’avoue que c’est agaçant. J’avoue que je l’ai sûrement fortement agacé en me retournant comme ça. Pour vérifier que personne d’autre n’était entré par inadvertance dans la pièce. Es-tu certain de ne plus vouloir me voir jouer de rôle ?
    - Parce que oui, puisqu'il faut donc te répondre sans détour, mon cher Caïus Marcius, JE joue un rôle par orgueil ! JE m'impose une certaine conduite avec une aveugle constance. Et JE loupe toutes les opportunités qui me sont offertes.
    Es-tu certain de vouloir voir véritablement qui je suis ?
    - Par quel étrange phénomène as-tu pensé que je parlais de toi ? Est-ce parce que tu ne peux supposer une seule seconde que la pièce qui porte ton nom puisse faire référence à un autre que toi ? Une femme qui plus est. Est-ce parce qu'il est trop difficile de croire que je puisse avoir un semblant de lucidité sur moi-même ?
    A mon tour j’approche mon visage contre le sien. A le toucher. Sauf que je ne crains pas de prolonger le contact. Je sais parfaitement ce que je fais et comment je le fais. Je m’enivre du parfum de sa peau. De ses cheveux. Je susurre à son oreille.
     
    - Il semble que nous ne soyons pas si différents l'un et l'autre. Je n'ai pas peur de toi. Et toi, as-tu peur de moi ?
    Mes lèvres frôlent sa joue. Je le vois frémir. Je ne sais pas combien de temps dura le silence qui suivit. En même temps, il ne me parut pas si lourd. Je savais qu’à cet instant précis mon regard exprimait autre chose. Quelque chose qu’il était le seul à avoir vu. J’aurais donné n’importe quoi pour savoir ce qu’il pensait. De moi.
    C’est moi qui abrège ce calme étrange.
    Je retrouve l’autre Cassandre. Il n’y a qu’elle qui puisse dénouer l’atmosphère alourdie de celle que je suis. La seule qui ait suffisamment de légèreté pour faire croire que ce qui vient de se passer n’a aucune importance.
    - J'aurais mieux fait de coucher avec Apollon ! A ta santé.
    Azra est également de mon côté. J’entends quelques notes de musique percer la porte, les murs et inonder la cave. Voilà l’occasion de gommer maintenant tout ce qui a été dit.
    - Azra avait dit qu'il la passerait ! Elle va tellement bien à Morgane !
    Voilà l’occasion de lui faire oublier qui je suis...
    - Fly me to the moon
    And let me play among the stars
    Let me see what spring is like
    On Jupiter and Mars
    In other words, hold my hand

    Je tente le coup. Est-il prêt lui aussi à oublier ? Je suis le conseil de Sinatra et je lui offre ma main au rythme des paroles et de la mélodie.


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