Elle se débattit avec force jusqu’à ce qu’il réalise que son « ennemi » n’était qu’une adolescente à peine plus jeune que lui. Il la lâcha brusquement, essayant de reprendre ses esprits.
« Ça ne va pas bien? siffla-t-elle en reprenant sa respiration.
- Désolé ! murmura-t-il, qui es-tu ?
- Mon père m’a dit de me présenter à toi comme Louvine… Tu es bien Samuel ?
- Où est-il ?
- Des miliciens sont arrivés au village…
- Il faut fuir ! lâcha le jeune homme effrayé en attrapant un havresac noir élimé.
- Papa m’a indiqué une autre planque, viens ! Le brouillard protège notre fuite. »
Elle l’attrapa par la main et l’entraîna à travers bois. La nuit était complètement tombée quand ils parvinrent enfin dans la grotte. Marie sortit les allumettes pour allumer un feu.
« Non ! cria Samuel, tu veux vraiment nous faire repérer ?
- Mais nous sommes à des kilomètres de toute habitation ! Et cachés par les bois et les parois de la grotte ! protesta la jeune fille.
- Je ne veux courir aucun risque, Louvine. J’ai échappé de peu à l’enfer mais mon père n’a pas eu cette chance…
- Appelle-moi Marie! rectifia-t-elle, Louvine, je ne sais même pas d’où ça vient. »
A tâtons, elle sortit deux pommes de son sac et en tendit une à son compagnon qui se jeta dessus avec frénésie. Ils mangèrent en silence pendant quelques minutes, puis la jeune fille se mit à trembler de tous ses membres, sentant sa gorge se serrer.

« J’ai peur…
- Bienvenue en enfer, Marie ! murmura Samuel d’un ton amer. Que t’a dit ton père ?
- De l’attendre ici trois jours.
- Et s’il ne revient pas ?
- Il reviendra ! cria-t-elle et Samuel baissa les yeux.
- Quel âge as-tu ?
- Seize ans. Et toi?
- Dix-neuf ans. Mais j’ai l’impression d’être un vieillard. Mes seize ans sont si loin… Je suis épuisé ! Dormons, on avisera demain. »