C’était terminé.
Il admirait à présent le résultat. Une fois rincée, une fois coiffée, une fois pomponnée, il fut presque étonné de découvrir qu’il se cachait une femme sous cette couche de suif qu’il s’était évertué à gratter. Une jolie femme qui plus est.
Et c’était lui qui l’avait créée. Comme on sculpte une statue. Comme on peint un portrait.
Il se laissa surprendre. Surprendre par le plaisir qu’il avait pris à la transformer, tout au long de cette après midi. Et par cette fierté qu’il en tirait.
Il fit pivoter le fauteuil où elle se tenait toujours assise pour qu’elle puisse se voir dans le miroir qui se tenait près d’eux.
- Vous voilà bien belle, madame, avoua-t-il tandis qu’elle ne reconnaissait pas.
Elle n’était plus cette poupée qu’il avait manipulée avec si peu de manières.
- Tu me vouvoies maintenant ?

Elle se leva pour mieux se regarder encore. Gênée par l’image que ce miroir lui renvoyait.
- C’est moi ! C’est moi ?
Une image qui n’était pas la sienne. Elle n’était pas elle. Mais la jeune personne qu’elle voyait soudain à travers cette glace la flatta au plus haut point... Elle passa une main dans le chignon qu’il avait noué sur sa tête... Puis, elle chercha à retrouver les traits de son visage. Incapable d’identifier cette peau d’ivoire que la poussière avait dissimulé toutes ces années.
- J’suis une lady ! se gaussa-t-elle avec un accent épouvantable.
La réalité de sa voix et de ses manières retomba sur Elros comme une chape de plomb. Enveloppée dans ses guenilles déchirées, Winona avait un visage de princesse sur une allure de mendiante.
- Hum, marmonna Elros, il y a encore du travail...
- Qu’est-ce que tu dis ?
- Je crois qu’il est urgent de faire quelque chose pour tes vêtements...
