Marie frissonna et obéit, avant de glisser sa main dans celle de son compagnon. Ils jouèrent cette petite comédie jusqu’à être hors de vue de l’immeuble mais la jeune fille ne lâcha pas la main de Samuel. Sans dire un mot, ils gagnèrent la rue Mouffetard. Elle sonna à la porte.
«Qu’est-ce que c’est ?
- Je cherche mon oncle, Armand Videaulx ! répondit-elle au concierge qui les observait d’un air suspicieux. Il se radoucit et désigna l’escalier du menton.
- Dernier étage.»
Un homme d’une quarantaine d’années leur ouvrit et laissa échapper un immense soupir de soulagement en reconnaissant sa nièce. Il la serra contre lui à l’étouffer avant de les laisser entrer.
«Marie ! Samuel ! Maud, ils sont là !»
Pendant qu’ils dégustaient un bon repas, il leur expliqua que la rue Monge avait été investie par la Gestapo après les aveux du curé, mais Max Baron avait donné l’alerte assez tôt. Armand leur confirma aussi les paroles haineuses de Philippe.
«Je suis désolée pour ton père, Marie. Mais il y une bonne nouvelle au milieu de tant de malheurs. Cette nuit, les américains ont débarqué en Normandie. La fin de l’Occupation est proche! Vous allez rester ici le temps que les Ricains fassent le ménage puis Samuel retrouvera sa mère à Londres. On va la faire prévenir pour la rassurer.»
Ils restèrent dissimulés chez Armand et Maud pendant plusieurs semaines, confinés dans le petit appartement.

Ils apprirent ainsi l’histoire du réseau qui avait sauvé tant de juifs des rafles depuis le début de la guerre, ce qui permettrait bien plus tard à Armand, Max Baron et tant d’autres d’être reconnus parmi les Justes d’Israël. Sans se l’avouer consciemment, l’un comme l’autre ne supportait cette réclusion forcée que parce qu’ils étaient ensemble.