C’est Azra qui me tire de cette rêverie solitaire au moment où l’émotion commençait à m’étrangler un peu trop fort. Alléluia !
Il me prend par les épaules, m’extrait de la cachette dans laquelle je me suis fourguée sans m’en rendre compte.

- Alors, Cassie, dis moi tout. Qu’est-ce que tu dessines en ce moment ?
Enfin quelqu’un qui me porte un minimum d’intérêt. A travers le sourire que je lui rends, je sens que c’est du miel qui coule dans mes veines.
- J’illustre une édition reliée cuir pour une adaptation des Mille et une Nuits...
Tiens, les yeux de Coriolan ! Ca faisait longtemps que... Bordel à queue ! C’est pas vrai ! Je n’ai pas fait ça ! Je n’ai pas fait CA !
CA me saute à la figure comme une évidence.
Vue la couleur écrevisse que vient de prendre subitement mes mains, je n’ai soudain plus aucun doute sur celle que peut avoir mon visage.
Et pauvre Azra qui a surement cru bon me secourir en ajoutant :
- Dis donc, j’espère que tu nous l’as faite sexy Schéhérazade !
Là, c’est la goutte d’eau (enfin celle que je n’ai plus, vu que toute l’eau s’est évaporée de mon corps avec ma brusque montée de fièvre).
De nouveau les yeux de Coriolan.
C’est fini. J’ai fondu. Il n’y a plus qu’une petite flaque de Cassandre sur le sol. Je suis sure que certains ici se feront un plaisir de passer la serpillère. Non seulement j’ai représenté Coriolan Galen en Schariar... En sublime Schariar... Mais...

- Je veux mourir.
Et je veux surtout disparaitre, loin, très loin... Maintenant. Tout de suite.
Azra parait un peu inquiet devant le subit tremblement de mes mains.
- Je vais aller fumer dehors, je crois.
- Tu n’avais pas arrêté, Cassie ?
- Si. Mais je pense qu’il devient urgent que je reprenne.
Je me dirige vers une porte. Au hasard. Les derniers mots que j’entends sont ceux d’Azra qui me crie :
- Cassie ! Pas par là ! C’est la cave !
La cave. Encore mieux. J’y serai bien rangée. Je n’y verrai plus personne. Je n’y manquerai à personne.