Cela doit faire une vingtaine de minutes que je marche maintenant. Seule. Eclairée faiblement par la ligne de lampadaires qui se dresse le long de la rue. Une voiture ralentit à ma hauteur.

Méfiante, à l’idée qu’il puisse s’agir éventuellement d’un pervers, qui tenterait de me violer et de m’enlever, pour me découper en rondelles bien tailladées au fond d’une vieille baraque désaffectée, je fais mine d’ignorer le véhicule dans un premier temps. C’est sa voix qui me fait me retourner.
- Cassandre !
La Mercedes s’arrête en même temps que mes pas. Mon cœur n’est plus qu’un étau. La douleur en est si délicieuse que je ne peux m’empêcher de sourire en me retournant. Et mon sourire doit être particulièrement radieux vu celui que me renvoie Coriolan depuis la voiture.
- Monte, Cassandre. Je te raccompagne.
- Cassie...
Je le corrige en ouvrant la portière.
Je finis de m’installer en m’excusant pitoyablement à travers des explications houleuses injustifiables où je tente de m’exprimer lamentablement sur le fait que j’avais cru qu’il était un pervers vicieux qui voulait me séquestrer... Que j’étais pas si fière que ça, toute seule, en pleine nuit, dans la rue, à plus d’une heure de marche de chez moi... Que... Il presse l’un des boutons de son autoradio pour faire taire mes bredouillements incompréhensibles. Merci à lui !
Les premières notes me scotchent direct au fond de mon siège. Les yeux écarquillés, bouche bée.
Il me lance ce petit regard en biais. Cynique et incroyablement irrésistible.
- Je crois savoir que tu aimes cette chanson, Cassie...

J’éclate de rire. Franchement. Sans retenue. Il me regarde. Lui aussi se met à rire.
C’est là, je crois que je lui ai dit.
- Tu es beau quand tu souris.
Il a démarré la voiture et j’ai alors commencé à chanter « les cactus » au rythme de la musique qui nous emportait.
