
Il se tenait debout. Près de cette fenêtre dont le carreau n’avait plus qu’une transparence trouble et brumeuse. Envahi de la fumée qui se collait avec la poussière entre chacune des fibres du verre. Prisonnière.
Il était nu encore. Le corps moite de cette nuit sans sommeil qui restait imprimée sur sa peau avec cette culpabilité, cette fièvre. Cette odeur. Il pressa plus fort le papier qu’il tenait entre ses doigts. A le déchirer.
La fumée s’échappait des lourdes cheminées qui encombraient le sol. Dissimulant sous la vapeur les derniers aspects colorés d’un ciel que l’on ne pouvait deviner qu’à cette heure de la journée.
Entre l’éveil et la vie.
Une vie faite de poursuites. Une vie menée dans le but de maîtriser ce qui ne pouvait que continuellement le fuir.
Bryce esquissa un sourire léger. Presque un rictus. De son visage d’ange, qui gardait la candeur trompeuse des traits de l’enfance, brillait un regard noir qu’il jeta une dernière fois au-delà des nuages.
Il déposa un baiser sur la boule de papier que la moiteur de sa main désagrégeait mollement. Mais, un enfant, cela faisait des années qu’il n’en était plus un. D’un geste vif et routinier, il la lança dans les braises rougeoyantes de la cheminée.
C’est là qu’il empoigna son pantalon. A moitié englouti sous les coussins abandonnés au bas du lit. C’est là qu’il saisit sa veste, égarée au sommet d’une armoire, sans qu’il se souvienne véritablement du geste qui l’avait projetée à cet endroit. Et reconstitua ainsi pendant plusieurs minutes les pièces d’un puzzle vestimentaire éparpillé dans des endroits parfois si saugrenus que certains d’entre eux lui arrachèrent un sourire.
Il achevait tout juste de s’habiller, lorsque des coups retentirent vivement à sa porte.
- Capitaine ! Capitaine ! hurlait un homme, elle a recommencé !
- Patientez une minute, Second Maître Fécamp, je suis presque prêt. Quoi donc ? Qu’a-t-elle recommencé ?
- La Comtesse des Aiglefins. On dit qu’elle irait revendre sa marchandise de contrebande à la Taverne du Moussaillon vers 15 heures...